A Lima, la grise, la cahotique, l'horrible, il n'y a ni métro, ni tramway, non, les liméniens utilisent la combi. Ce tout petit mot cache en réalité un concept unique qui attire l'attention de l'étranger et que nul routard ne reverra dans d'autres pays, aussi "en voie de développement" soient-ils.Tout d'abord la combi - aussi appelée microbus - est une fourgonnette importée du Japon ou de Corée de deuxième main. La combi est à la base en très mauvais état avant même de commencer son dur labeur liménien. Le confort est plus que sommaire et l'étranger qui mesure plus d'un metre cinquante aura beaucoup de mal a trouver une position confortable, bien souvent sur un fond de salsa trop fort et répétitif. Un microbus doit normalement pouvoir contenir une vingtaine de personnes assises, j'ai deja compté jusqu'a cinquante passagers en heure de pointe.
Les transports en commun sont privatisés depuis l'arrivée au pouvoir de Fujimori dans les années 90. Une entreprise de transport achète alors le véhicule, emploie un chauffeur, souvent chauffard, et son vocero ou cobrador. Alors que le permier est responsable de conduire l'engin tant bien que mal, le deuxième est posté à la porte et vocifère l'intinéraire qu'ils vont emprunter dans le but d'attirer un maximum de passagers. Au feu rouge, sur les grands axes, on retrouve alors des files de voceros, descendus du véhicule pour atteindre une certaine proximité avec le piéton arreté. Le métier du vocero-cobrador est certainement le plus ingrat, il est aussi chargé de réclamer aux passagers le sol (0,25€) que coûte le trajet, de prévenir le chauffeur lorsque l'usager est arrivé a destination. Il récite alors inlassablememt, le regard vide et las, la litanie du cobrador : "esquina baja - baja, baja- sigue bajando- vamonos" ( angle, il descend, descend, continue à desecendre, alons- y).
La combi voit dans la voisine qui emprunte la meme route qu'elle un véritable concurrent qui pourrait lui "voler" un passager. Et comme un passager est un sol de plus, la dangeureuse et insupportable course de combis commence alors. Les uagers feront les frais de tres desagréables exces de vitesse, d'accelerations et de brusques freinages en plein centre ville.
La décoration de la combi est à la charge du duo infernal. Comme dans la plupart des taxis de la ville, le tableau de bord est recouvert d'un tapis en peau de muppet show d'une couleur douteuse, l'extérieur de l'appareil est truffé d'auto-colants en tout genre, bien souvent le trop célèbre Che défie du regard un Christ illuminé debout sur un nuage de dégradés de bleus et de roses. Au rétriviseur pendent la bienveilleuse chaussure d'enfant, un chapelet et d'autres merdes indéterminées. Enfin, il existe au Pérou le marché "des boules de leviers de vitesse transparentes et décoratives", chose que je n'avais jamais vu auparavant. L'extrémité du levier de vitesse est en fait excamotable et peut etre remplacée par une espece de sphere transparente dans laquelle on peut distinguer, encore une fois, une icone religieuse ou quelqu'autre chat ou chiot assez kischs dans l'ensemble.
La combi amuse le touriste qui passe un week end a Lima, il voit en elle la représentation de l'Amérique Latine et l'occasion parfaite de se meler aux locaux. Elle est en fait profondemment dangeureuse et responsable du traffique cahotique, de la dégradation et de la surpollution de la ville. Les chauffeurs sont agressifs, conduisent mal et trop vite. Ils ne respectent ni le pietons, ni les automibilistes et sont responsables de trop nombreux accidents. Que faire alors? Alors que le gouvernement parle sans cesse de retirer ce moyen de locomotion criminel et que l'économie du pays ne permet pas encore de restaurer un service public, que proposer aux 10 millions de liméniiens qui utilisent les combis chaque matin pour aller travailler.