samedi 29 mars 2008

Réveil difficile


Samedi 29 mars 2008, de brusques secousses nous propulsent hors du lit à 7h50 du matin: nous vivons notre premier séisme péruvien.

Nous avons la stressante et désagréable sensation que le sol se dérobe sous nos pieds. L'épicentre est cette fois à une cinquantaine de kilomètres de Lima. Dix secondes, pas une de plus; suffisemment de temps pour prendre conscience d'un éventuel danger mais pas assez pour penser aux mesures de sécurité necessaires à prendre. Dans le couloir, des petites vieilles afollées sortent de tous les étages, en robe de chambre et charantaises, le 15 août est encore frais dans les mémoires. Elles se précipitent alors sous la pancarte "zona segura en caso de sismo" en nous jettant un regard malin "j'y ai pensé avant", comme si cet endroit leur était réservé et qu'il n'y avait plus de place pour les retardataires. Par chance, il n'y eut ni pertes humaines, ni grands dégâts matériels; quelques éboulements de falaises et suspension temporaire des lignes téléphoniques.
Cela devient le sujet de conversation du week end. Est-ce que les gens l'ont senti ou est-ce qu'ils dormaient. On s'aperçoit alors que la surprise et la peur que les secousses ne reprennent et ne s'amplifient furent le sentiment de chacun d'entre nous: exilés d'un continent dont le sol ronronne paisiblement. Les péruviens qui se trouvent là, prennent alors part à la discussion et répondent d'un air désabusé - ou amusé par notre inexpérience - que cela est plus que courant au Pérou, que la zone est extrêmement sismique.

Nous avons en face de chez nous un supermarché ouvert 24h/24h. Un de ces supermarchés aseptisés aux assortiments ultra complets, où le camembert Président coûte 10 euros et qui nous rend bien service. Depuis le 15 août dernier, en partenariat avec une ONG péruvienne, les vingtaines de Vivanda du pays, ont organisé une collecte au profit des victimes des tremblements de terre. Chacun est libre de donner quelques centimes; la monaie des prix pas ronds, qui pèse lourd et qui encombre nos portefeuilles mais qui est benie par plus de 60% de la population péruvienne, celle qui vit loin des "zones sûres en cas de séismes".

mercredi 26 mars 2008

Les chaussettes de l’archi-duchesse sont-elles sèches?

Au cours de ces cinq derniers mois, je me suis inventée la vocation de prof. Tout en essayant de garder espoir dans mes recherches de boulots, je donne des cours de français à des petits péruviens. Quand ils étudient, je suis ravie et quand ils sont à l'heure et viennent en cours, encore plus. Grâce à cette expérience, je me découvre une certaine pédagogie, une patience d'ange et une profonde motivation pour réussir à répéter vingt fois la même chose en une heure. Laissez moi vous présenter mes élèves. Jusqu'à ce jour, j'en ai quatre et demi:

Joel, le fumiste
Joel vient deux heures tous les jours, il est la base de mon occupation quotidienne. Il a commencé il y a trois mois, il est certainement l'élève qui a le plus de mal à distinguer le "on" du "in". La première fois qu'il m'a payée il m'a demandé aussitôt si j'avais déjà reçu de faux billets de banque.
Hugo, la mémoire d'éléphant.
Hugo est étudiant en médecine et parle quechua. Hugo a une capacité incroyable à reproduire toutes les nasalisatons. Il vient les mardis et vendredis de 9h à 11h. Il prend des cours depuis un mois et rattrape le niveau de Joel. Hugo est le chouchou de la maîtresse.

Silvia, la coquette.
Silvia est la prototype de la jeune fille péruvienne. Elle a toujours plein de babioles qui pendent aux bras, aux pieds et aux oreilles. Elle vient tous les dimanches pendant deux heures. Elle est adorable, bonne élève.

Paula, la timide.
La belle Paula est toute timide. Elle prend des cours à l'alliance française et veut renforcer ses aquis. Elle vient le samedi. Sa voix est toute douce et délicate.

Karella, le fantôme.
Nous étions censées commencer il y a deux mois. Je l'attends toujours...


Gran Vilaya

Voulant éviter la cohue touristique machupichienne de la semaine sainte, nous sommes partis au nord du pays à la découverte de la région Amazonas. Un programme chargé: survol des Andes, trekking de quatre jours, ruines Chachapoyas, Cajamarca et la chute d'Atahualpa.
Le nord du pays étant moins bien désservi que le sud, le voyage se fit en deux temps, en bus jusqu’à Chiclayo puis en avionnette jusqu’à Chachapoyas; berceau de la culture précolombienne portant le même nom. Je passerai les détails de la nuit en bus. Malgré toute la bonne volonté de Cruz del Sur pour rendre le voyage agréable avec ses animations bingo, comédies américaines et dîner chaud, les plusieurs centaines de kilomètres de route sans revêtement qui séparent le nord du sud ne furent pas des plus reposants.

Au petit matin, nous arrivons dans cette ville côtière, sans grand charme : une chaleur humide, une plaza de armas en restauration, une surabondance de ticos, des rues sales, nous y resterons le temps d’un petit déjeuner continental dans l’unique restaurant de la place. Puis direction l’aéroport : un grand hangar, trois guichets, une patrouille de policiers nonchalants jouant aux cartes dans un coin. Un peu fatigués mais excités par la perspective de prendre notre petit avion en direction du point de chute final, nous attendons que le personnel d'Aoerodiana s’affaire puis nous commençons à enregistrer nos bagages. Billets manuscrits, pas d’heure de départ officielle, le temps est clément: l’avionnette peut décoller. Après une heure et demie dans la peau de Guillaumet et de vol mémorable, la petite ville de Chachapoyas nous accueille à bras grands ouverts. Nous arrivons à l'hôtel Revash ou don Carlos - propriétaire extrêmement reconnu et respecté dans toute la région pour son activité politique: il fut directeur du tourisme de celle-ci - nous explique comment va se dérouler le trekking, essaie de nous vendre au rabais un jour de plus dans ses montages et nous montre quelques photos de Gran Villaya; nous redoublons d'impatience.

Réveil à 5 heures du matin, un mini bus nous attend, c'est parti pour l'aventure. Après avoir pris le petit-déjeuner à Luya, nous passons par Lamud pour aller checher Anne-Catherine, Nicolas et Samuel, trois belges décidés à connaître les quatre contients en un an et qui seront nos compagnons de trekking. Nous croisons dans ces petits villages montagnards paysans, des petits groupes d'enfants à la peau du visage toute rouge; gersée par le froid ou brûlée par le soleil. Ils traînent ici et là, jouant dans les rues de terre battue, observateurs, sauvages et craintifs. Ils sont intrigués par le gringo de passage à la peau claire et aux grosses chaussures de marche. De temps en temps, le plus dévergondé de tous s'avance pour nous poser une question ou deux."Cómo te llamas, dónde vives?".
Les quatre jours qui suivent seront une véritable découverte de merveilles. Des contrastes de paysages, de reliefs et de couleurs absolument incroyables: une forêt humide et aérée à 3000 mètres d'altitude garnie de fougères arborescantes, d'orchidées multicolores et autres types de faune et flore jamais rencontrés auparavant. Un dégradé de couleurs verdoyantes qui nous change de la sécheresse liménienne. Après avoir admiré le site funéraire Chachapoyas de Karajia(en quechua "guerriers des nuages" - peuple occupant la région et conquis par les Incas à la fin du XVème siècle) , nous passerons la première nuit dans un refuge digne des Bronzés dans la très verdoyante vallée de Belén. Au fond de celle-ci, prend source le ruisseau Huaylla dont la forme mystique est celle d'un long serpent de dix-neuf kilomètres. Nous arpenteront les Andes amazoniennes les deuxième et troisième jours soit à pieds, soit à dos de mule. Nous nous arrêtons à Pirquilla, site recueillant quelques 300 ruines d'habitations chachapoyas dont la spécificité est leur forme circulaire. Enfin, la forteresse de Kuélap, soit le Machu Picchu du nord, sera notre destination finale. Cette impressionante citadelle en ruines est le site archéologique le mieux préservé et le plus accessible de toute la région. Les vues sont à couper le souffle. On peut distinguer à l'interieur de celle ci des restes de contructions Chachapoyas mais aussi quelques unes Incas différentes car rectangulaires. Ces derniers réussirent finalement à conquerir le peuple du nord grâce à une fine stratégie; ils assiégèrent l'imposante murialle de manière à ce que, assoifés et en manque de vivres, les opposants déposent les armes et finissent par se rendre.

Le moment des aux revoirs est arrivé, il va falloir se séparer de la région Amazonas. Le mini bus nous ramène à Chachapoyas. Nous passons la nuit dans celle-ci avant de prendre l'avionette de retour qui nous déposera cette fois à Cajamarca, d'où nous prendrons le bus de nuit. Il pleut, l'avion ne peut pas décoller à huit heures comme cela était initialement prévu. Cette fois nous ne serons pas les uniques passagers. Klaus et Bianca, deux sextagénaires allemands quadrilingues rencontrés lors de la visite de Kuélap et dont le look nous rappelle celui de Agnetha Fältskog et Benny Andersonn dans Dancing Queen, seront de la partie. Nous arrivons avec trois heures et demie de retard pour notre visite de Cajamarca. Cette très jolie ville nichée dans une vallée dégage un climat de tranquillité et de prospérité paysanne. La vieille cité coloniale extrêmement bien conservée, où plane encore le tumulte assourdi de la chute de l'empire inca, conserve intacts ses merveilles architecturales: plaza de Armas, cuarto del rescate, complexe de Belén...loin de la folie touristique. Ayant perdu du temps, il nous en reste que trop peu pour s'imprégner complètement de l'histoire de Cajamarca, excellent prétexte pour revenir dans la région.

Rattraper le temps perdu

L’idée de faire un blog me vint en fait dès le mois de juillet de l’année passée, lorsque je pris la décision de vivre une année au Pérou avec Javier. Voilà cinq mois que je suis à Lima et le sujet n’a pas avancé…

Nous avons déjà fait de jolis virons au Pérou, en Colombie - j’y reviendrai au fur et à mesure - et plus nous bougeons, plus nous sentons l’appel magique du voyage, cette sensation que tout est à voir sur ce continent.

L’élément déclencheur fut certainement notre dernier voyage dans le nord du pays, qui sera probablement mon deuxième message. Un des plus beaux endroits que je n’ai jamais visité jusqu’à ce jour. Mais aussi cette fascinante découverte progressive des civilisations précolombiennes. L’envie de vous faire découvrir le Pérou fut subite. J’ai donc décidé de reprendre mon blog ou tout simplement le commencer. Entre deux anecdotes péruviennes, j'essaierai parfois de pousser un peu la réflexion.